Par Anaïs LEFEUVRE, Notaire associée et Charles-Edouard BOURGET, Notaire associé
Depuis le 27 juin 2026, toute cession de parts ou d’actions d’une société à prépondérance immobilière (SPI) doit, à peine de nullité absolue, être constatée par un acte établi par un professionnel du droit ou du chiffre.
L’article 1865-1 du Code Civil, issu de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, met ainsi fin au consensualisme qui régissait jusqu’ici ces opérations.
Pourquoi cette réforme ?
La SPI est un instrument courant de détention indirecte d’immeubles.
Céder ses titres revenait à transférer économiquement un bien immobilier sans l’intervention d’aucun professionnel assujetti aux obligations de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme (LCB-FT). L’amendement à l’origine du texte parlait d’un « trou dans la raquette » du dispositif de vigilance.
Le législateur poursuit quatre objectifs :
- assurer l’identification effective des parties et des bénéficiaires effectifs ;
- renforcer la traçabilité des flux financiers liés aux mutations indirectes d’immeubles ;
- limiter la fraude fiscale et le blanchiment par interposition de structures sociétaires ;
- améliorer la sécurité juridique des opérations.
Une tentative comparable, limitée aux cessions de la majorité des parts de SCI, avait été censurée en 2014 par le Conseil constitutionnel comme cavalier législatif de la loi ALUR. Saisi de la loi de 2026, le Conseil ne l’a pas remise en cause (décision n° 2026-904 DC du 18 juin 2026).
Le texte est entré en vigueur le 27 juin 2026, sans disposition transitoire : une promesse synallagmatique signée avant cette date reste régie par la loi ancienne ; en revanche, une promesse unilatérale dont l’option est levée après cette date relève du nouveau formalisme.
Champ d’application
Deux conditions cumulatives permettent de déterminer le champ d’application de cette nouvelle obligation : une cession de parts ou d’actions (condition objective), portant sur les titres d’une personne morale à prépondérance immobilière (condition subjective).
Quels sont les actes concernés ?
La « cession » s’entend de toute transmission entre vifs à titre particulier, à titre onéreux comme à titre gratuit.